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Les amis d'écrivains

Tout pour faire aimer la littérature, avec une fête annuelle à Illiers Combray. 1ère année: LITTERATURE & GASTRONOMIE

Une conversation intéressante au téléphone

Publié le 21 Juin 2021 par proust pour tous

UNE CONVERSATION INTÉRESSANTE (2ème épisode)

Laurence: Je lis dans le livre de Svetlana Alexievitch La fin de l'homme rouge (éditions Actes Sud, Babel 2013, p. 226): "Le pays tout entier vivait dans sa cuisine. On se rendait visite, on buvait du vin, on écoutait des chansons, on parlait de poésie. Devant une boîte de conserve et des tranches de pain noir. On se sentait bien. [...] Cela fait longtemps que ces société secrètes des cuisines n'existent plus. Ni cette amitié que l'on croyait éternelle. Oui, nous étions branchés sur l'éternité... Il n'y avait rien qui comptait plus que l'amitié. Tout tenait grâce à cette colle formidable. [...] Maintenant, c'est difficile à croire. De nos jours il faut agir et non parler. On peut dire absolument tout mais les mots n'ont plus aucun pouvoir. On voudrait croire à quelque chose, mais on n'y arrive pas. Tout le monde se fiche de tout, et l'avenir, c'est de la merde. Pour nous, ce n'était pas comme ça... Ah, ça non! La poésie, les mots...la Parole. [...]  Tout le monde s'est trouvé très occupé, il fallait bien gagner de l'argent."

Donc, ce qui a interrompu ce goût partagé pour la poésie, la littérature etc, c'est le besoin de gagner de l'argent. Et s'il y a un groupe qui n'est plus obsédé par ce besoin de passer sa vie à la gagner, c'est le groupe des retraités. Pas étonnant que dans les associations d'amis d'écrivains il y en ait tant.  Je propose donc à tous les retraités qui ont du temps pour lire, réfléchir, écouter, prendre le temps, de raviver non pas le communisme, mais l'amour des discussions littéraires.

Anne: Tu te souviens des cafés philosophiques ? ils ont eu un temps beaucoup de succès, puis, comme toute chose humaine, ont perdu de leur lustre.

Laurence: Pourquoi?

Anne: Je crois que les participants avaient trop tendance à se raconter, et ça a fini par ennuyer. sans oublier les controverses liées au créateur du mouvement, Marc Sautet.

Laurence: Et comme nous le rappelait mon père à table quand nous racontions nos histoires, en citant La Rochefoucauld: L'extrême plaisir que nous prenons à parler de nous-mêmes nous doit faire craindre de n'en donner guère à ceux qui nous écoutent.

Et puis c'est sûr qu'on se déchire plus sur la philo que sur la littérature!

Anne: et pourtant, la littérature peut avoir un effet prodigieux sur non seulement la pensée, mais le bien-être mental. Il y a quelques années, comme j'étais déprimée, j'ai suivi le conseil que m'avait donné Philippe Sollers: relire Molière.

Laurence: Molière ?

Anne: Tu ne peux t'imaginer: j'ai passé l'été à me plonger dans ses pièces, je les ai toutes relues. Un vrai bain de Jouvence, une cure miracle. J'ai surtout beaucoup ri, et tellement aimé cette langue du 17ème siècle. "Un été avec Molière" quelle belle notion!

Laurence: Il existe déjà une collection qui a beaucoup de succès: "Un été avec Montaigne, Proust, Baudelaire etc.." il y aura sans doute bientôt un Molière. Molière qui est cité dans "Minette de Combray, voyage gastronomique en littérature": Chrysale, dans Les femmes savantes: "Je vis de bonne soupe et non de beau langage"

Anne: Peut-être mais un petit livre d'extraits ne suffit pas, il faut plonger dans l'oeuvre, s'en imprégner, y passer du temps.

Laurence: Et en apprendre un peu par coeur?

Anne: Mais oui. A ce propos j'ai vu à la télé Macron, Luchini, et le délicieux Patrick Dandrey, digresser autour d'une fable de La Fontaine que l'on devrait savoir par coeur, et qui m'a bien fait rire en cette fin de confinement:  

L’OURS ET L’AMATEUR DES JARDINS

Certain Ours montagnard, Ours à demi léché,
Confiné par le sort dans un bois solitaire,
Nouveau Bellérophon(1) vivait seul et caché :
Il fût devenu fou ; la raison d'ordinaire
N'habite pas longtemps chez les gens séquestrés (2):
Il est bon de parler, et meilleur de se taire,
Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés.
               Nul animal n'avait affaire
               Dans les lieux que l'Ours habitait ;
               Si bien que tout Ours qu'il était
Il vint à s'ennuyer de cette triste vie.....

ECOUTER LA FABLE:

 

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